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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 12:55
Derrière les propos de la direction, les personnels de France Télécom ne décèlent aucun changement dans la course aux profits et les mobilités forcées.



« Ce n’était pas quelqu’un de dépressif, c’était quelqu’un de sensible certes, mais pas dépressif du tout, qui aimait la vie avant tout. Il me parlait de toutes ces restructurations, sans cesse. C’est une mutation qui l’a fait basculer parce qu’on lui a donné un non-choix. » Au micro de RTL, hier matin, l’épouse du salarié de France Télécom qui s’est donné la mort, lundi, en Haute-Savoie, a été très claire sur l’origine professionnelle, à ses yeux, de ce nouveau suicide dans l’entreprise. La veille, Didier Lombard, le PDG de France Télécom, a, en se déplaçant à Annecy-le-Vieux, voulu, pour la première fois, démontrer sur le terrain l’attention que l’entreprise prétend désormais porter à la souffrance au travail générée par ses méthodes de management et ses objectifs de rentabilité : à cette occasion, après avoir déjà annoncé un étroit moratoire sur les mobilités forcées jusqu’au 31 octobre, le patron de la multinationale a voulu décréter la fin, « au niveau national », du « principe de mobilité des cadres systématique tous les trois ans ». La colère est grande chez les salariés de France Télécom. À Annecy-le-Vieux, une centaine de salariés ont débrayé hier matin. « Dans l’état actuel des choses, les mesures annoncées par Didier Lombard ne sont pas suffisantes », estime Dominique Scheidecker, délégué syndical CGT. À Lyon, plus de 500 manifestants se sont retrouvés, à la mi-journée, devant la direction territoriale de France Télécom, sous une banderole : « Le management de la terreur, c’est fini ! » Et à Bordeaux, près de 300 personnes ont débrayé « spontanément » pour demander « l’arrêt des restructurations ».

Contrairement aux propos lénifiants de la direction (« Le France Télécom de décembre ne sera pas le France Télécom d’aujourd’hui », a promis, à plusieurs reprises, Didier Lombard), les salariés de l’entreprise ne voient guère d’évolution concrète sur le terrain. À Cahors (Lot), la cinquantaine de salariés de France Télécom qui se battent depuis bientôt un an contre le projet de fermeture de leur site, avec transfert à Montauban (Haute-Garonne), ne constatent aucune prise en compte réelle du malaise profond. « Tout ce que dit la direction aujourd’hui, ce n’est que de l’affichage médiatique, s’indigne Gérard Salgues, au nom de l’intersyndicale. La semaine dernière, le directeur régional est venu de Toulouse pour nous expliquer une énième fois que Cahors allait fermer et que l’affaire suivait son cours. » Jusqu’ici, alors que les risques psychosociaux ont été clairement établis par la médecine du travail et qu’on ne compte plus les arrêts de maladie ainsi que les dépressions parmi les salariés de Cahors, la direction s’est, d’après les employés en lutte, contentée de mettre un psychologue, deux jours par semaine. « Jeudi dernier, on a lancé un droit d’alerte sur les risques psychosociaux, reprend Gérard Salgues. La direction a promis de nous envoyer un médecin du travail, et mardi, on l’attend toujours. Si on était vraiment mal, si on n’était pas tous ensemble à se battre, ça serait grave… » À Lille (Nord), même topo au plateau de renseignement téléphonique 118712, dont la direction veut transférer les personnels à Villeneuve-d’Ascq : « Pour le moment, la direction ne parle pas du tout d’un arrêt des réorganisations, témoigne Francis Breux, responsable des télécoms à la FAPT-CGT du Nord. La preuve, au 118712, ils sont en train de passer en force, à toute allure, et cela, alors qu’une expertise évoque clairement les risques psychosociaux ! »

Au centre d’appels Orange de Rouen (Seine-Maritime), qui vient d’être ouvert avec des plateaux neufs, Yannick Veschambes, délégué SUD, n’observe pas de changement réel dans la stratégie des directions. « On ne s’est pas aperçus qu’ils ont arrêté quoi que ce soit, les mobilités ou les restructurations, témoigne-t-il. Lombard nous parle de remettre l’humain au centre des préoccupations, mais en vérité, on ne voit rien du tout : au front office, à l’endroit où on doit vendre cinq portables par jour ou faire souscrire dix abonnements, il n’y a aucune différence, la pression est énorme et rien ne change derrière les discours… »  T.L.

Par Orange Stressée - Publié dans : Revue de presse
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 02:28
Par Orange stressée - Publié dans : Vidéos Pub
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 01:15

Capital s’est procuré l’enregistrement d’une conférence téléphonique récente entre l’Etat Major du groupe et les 400 plus hauts cadres de l’entreprise. Ordre du jour : comment réagir au vingt-troisième suicide.

Lundi 14 septembre, l’équipe dirigeante de France Télécom – dont Didier Lombard (P-DG), Louis-Pierre Wenes (directeur général adjoint France) et Olivier Barberot (DRH) – a tenu une conférence téléphonique réservée au top management pour réagir au 23ème suicide de l’année (un autre s'y est ajouté). Capital s’est procuré l’enregistrement (voir liens).

Durant ces 17 minutes, la direction de l’entreprise semble déstabilisée et peine à trouver les mots pour répondre aux inquiétudes des salariés. Une responsable de région s’alarme de l’explosion des demandes de résiliation « pour raisons éthiques ». En une semaine « leur nombre a pratiquement doublé», estime-t-elle. Par ailleurs, cette dirigeante fait valoir que les conseillers d'Orange sont interpellés par des clients agressifs, et ne savent pas comment leur répondre. Certains se sont entendus dire par des abonnés narquois : « Je ne vous en demande pas plus parce que sinon, vous allez vous suicider ». En réponse, Louis-Pierre Wenes, le numéro 2 du groupe, livre ce que serait spontanément sa réaction : « Un client m’appellerait pour me dire ça, j’aurais tendance à lui dire (…) que d’après ce que nous savons il n’y a pas d’augmentation véritable du nombre de suicides chez France Télécom, et que nous avons depuis plusieurs mois pris des mesures (…) pour faire face à ces drames. »

 

 

 

 

 

Plusieurs fois au cours de la conférence, le même Louis-Pierre Wenes insiste sur le fait que le nombre de suicides n’a pas crû au sein de la maison. Selon lui, l’entreprise a même connu des années « beaucoup plus dramatiques » en nombre de suicides au cours de la dernière décennie. Mais il ajoute que la médiatisation des événements actuels crée un dangereux effet d’entraînement (« une vague »), déjà constaté dans d’autres entreprises et dans d’autres secteurs. « On va malheureusement subir ce phénomène », prédit-il.

Les médecins du travail priés d’identifier les personnes les plus fragiles.

Pour le Pdg Didier Lombard, il est donc prioritaire d’arrêter « cette espèce de spirale infernale dans laquelle on est parti et qui, pour des raisons difficiles à comprendre, incite un certain nombre de nos collègues à nous quitter. » La méthode : organiser des réunions pour que chacun « puisse s’exprimer et vider ce qu’il a en lui comme émotion, comme stress. » De son côté, Olivier Barberot le DRH indique qu’un courrier a été adressé à tous les médecins du travail de l’entreprise pour aider à « l’identification des cas les plus fragiles, dans les limites évidemment du secret professionnel, pour que très rapidement on prenne des dispositions. »

 

 

 

 

 

 

« Il ne faut pas culpabiliser », martèle un dirigeant du groupe.

Pour les mesures de plus long terme Louis-Pierre Wenes évoque quatre axes de travail, dont un meilleur accompagnement des personnes qui changent d’emploi au sein de l’entreprise (un des principaux facteurs de stress selon les syndicats). Aujourd’hui, le passage de la formation à l’opérationnel est comme « une marche d’escalier un peu trop raide pour des gens qui souvent viennent d’un autre univers », analyse Wenes. Le numéro 2 du groupe conclut en expliquant qu’il ne « faut pas culpabiliser » dans ces moments difficiles. « Nous pouvons être fiers de tout ce que nous avons fait. C’est ça qui nous a permis d’obtenir la place que nous occupons aujourd’hui sur le marché international. »

Jean Botella et Anne Rosencher.

Par Orange stressée - Publié dans : Revue de presse
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