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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 02:27

France Télécom traverse-t-elle une nouvelle crise ? C'est ce que laissent à penser les dernières statistiques en matière de suicides : cinq salariés se sont donné la mort en moins de quinze jours. Depuis le début de l'année, ce sont ainsi vingt-trois employés du groupe qui se sont suicidés et seize qui ont tenté de le faire, selon les syndicats.

 

"Ces chiffres sont énormes et dépassent déjà largement ceux des années de crise 2008 et 2009, pour lesquelles on avait enregistré respectivement dix-sept et dix-huit suicides, dénonce Patrick Ackermann, délégué syndical SUD-PTT, à l'origine de la création de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées, en 2007, aux côtés de la CFE-CGC-UNSA. Mais nous devons encore attendre les résultats des enquêtes pour savoir si ces suicides sont liés au travail."

 

E-MAIL ACCUSATEUR

 

La direction, qui refuse de comptabiliser ces gestes suicidaires, a confirmé les cinq nouvelles morts. "A ce stade aucune corrélation ne peut être établie entre ces drames. Cependant nous allons procéder à des examens approfondis des situations professionnelles de chacun de ces salariés", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la direction.

Quatre salariés travaillaient directement pour France Télécom, et un autre pour Equant, une filiale appartenant à 100 % à l'entreprise publique. Deux d'entre eux vivaient en région rennaise, un près de Toulouse, un autre dans le Nord et une salariée en région parisienne. Aucun ne s'est suicidé sur son lieu de travail, mais l'un d'entre eux, un conseiller accueil client, s'est jeté d'un pont après avoir quitté son travail. Le mari de l'une des victimes, cadre supérieure, a rédigé une lettre accusant l'entreprise d'être responsable du geste de son épouse. "Son mail incriminant la direction a fait le tour de l'entreprise et a suscité une forte émotion", raconte Patrick Ackermann.

 

UN MALAISE QUI PERDURE

 

Pour le délégué syndical, ces suicides rappellent que le malaise perdure au sein de l'entreprise de télécommunications, qui emploie cent mille personnes. "L'arrivée de Stéphane Richard à la tête de France Télécom a constitué une parenthèse dans la crise sociale que nous avons connue l'an dernier. Mais elle n'a pas marqué de rupture fondamentale au niveau des méthodes de management. La direction revient aujourd'hui à la charge pour poursuivre les suppressions d'emplois et les restructurations, même si elle ne fera pas d'annonces au niveau national", assure-t-il.

 

Pierre Morville, délégué syndical central CFE-CGC-UNSA, analyse quant à lui cette nouvelle vague noire comme la poursuite de la crise de l'an passé, le temps que les effets des mesures prises par l'entreprise se fassent sentir dans toutes les directions locales. "Les suicides ne vont pas s'arrêter miraculeusement, du jour au lendemain. Mais on est dans une autre situation qu'il y a un an : il y a un certain apaisement dans l'entreprise et le dialogue social a repris", assure le délégué syndical. Et de citer pour exemple, le gel des mobilités forcées et la diminution des réorganisations depuis le début de l'année, des améliorations notamment favorisées par la publication, le 21 mai, du rapport du cabinet Technologia sur la souffrance au travail dans le groupe.

 

Mais le temps du programme "It's time to move", qui obligeait les cadres à changer de métier ou de zone géographique tous les trois ans, n'est peut-être pas vraiment derrière les salariés. Selon Patrick Ackermann, "si on ne parle plus de mobilités forcées, en réalité, des cadres subissent encore des pressions pour bouger" : "Les réorganisations se font juste plus discrètement et surtout, elles recommencent petit à petit."

 

Audrey Garric

Par Orange Stressée - Publié dans : Revue de presse
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 00:05

Un salarié de France Télécom, âgé d'une quarantaine d'années, a tenté de se suicider d'un coup de couteau dans l'abdomen, se blessant légèrement, lundi dans les locaux de la direction régionale à Châlons-en-Champagne. Selon le directeur régional de France Télécom, Daniel Nabet, l'homme «a menacé de se blesser avec un couteau, s'est légèrement entaillé et a été maîtrisé par ses collègues sans que personne d'autre ne soit blessé».

Depuis le début de l'année, dix employés de l'entreprise se sont donné la mort - tous en dehors de leur lieu de travail - en incluant le cas d'un salarié de Saint-Quentin (Aisne), en février, parti en congé sabbatique pour créer sa propre entreprise. En 2008 et 2009, le nombre de suicides de salariés de France Télécom s'était établi à 35.

Selon le directeur régional de Châlons-en-Champagne, l'homme a été transporté par les pompiers aux urgences de l'hôpital de Châlons-en-Champagne. Il était en arrêt maladie depuis plusieurs jours, et s'est rendu lundi en fin de matinée au service réclamation situé dans les locaux de la direction régionales à Chalons-en-Champagne, où il est employé.

Courant janvier la CGT était intervenue auprès de la direction pour défendre le salarié, en conflit avec un collègue. «La direction a mal géré ce conflit interne, ce qui a fragilisé notre collègue qui a été mis en arrêt maladie», a expliqué Marilyn Ruer, la secrétaire départementale de la CGT pour la branche Télécom. Selon la syndicaliste, si le salarié est revenu lundi sur son lieu de travail, c'était pour porter une prolongation de cet arrêt de travail. «Il est sorti des Urgences mais est toujours hospitalisé», a précisé M. Nabet en ajoutant qu'il ne souhaitait pas, «en accord avec la famille, faire plus de commentaires sur cet incident». 


Selon la CGT, l'ambiance dans les antennes de France Télécom est toujours tendue
 


Réunie mardi après midi à l'union locale de Châlons-en-Champagne, la CGT a dénoncé «
le climat extrêmement dégradé dans les établissements de France Télécom». Selon Marylin Ruer, «il y a un gros décalage entre ce qu'on peut négocier nationalement et ce que les agents vivent localement. Dans les antennes l'ambiance est toujours aussi tendue», a-t-elle précisé.

La CGT a annoncé la tenue d'un Comité d'hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) extraordinaire dès mercredi pour rechercher les causes de l'incident, analyser l'ambiance des services et éventuellement proposer la mise en place d'une cellule psychologique.

C'est la deuxième tentative de suicide par arme blanche en Champagne-Ardenne: en septembre 2009 un technicien de France Télécom du centre d'intervention de Troyes s'était planté un couteau dans l'abdomen, se blessant gravement, lors d'une réunion d'équipe après avoir eu confirmation que son poste était supprimé.

Par Orange Stressée - Publié dans : Revue de presse
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 23:56

'est un précédent important : des suicides de fonctionnaires de France Télécom pourraient être reconnus comme des "accidents de service", l'équivalent pour les agents publics des accidents de travail pour les salariés de droit privé.

Un rapport, remis le 3 mars à la direction de l'opérateur de télécommunications par l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales, ayant des missions interministérielles de contrôle du travail et de la santé), recommande que quatre des sept cas de suicides ou tentatives de suicide qui lui ont été soumis soient requalifiés en accidents de service. Il s'agit plus précisément de 3 suicides et d'une tentative. Les syndicats n'ont reçu le rapport de l'IGAS que mardi 9 mars et les identités des fonctionnaires concernés ne leur ont pas été communiquées.

Ces 7 cas sont intervenus entre début 2008 et fin 2009. La direction de France Télécom, qui a finalement accepté en septembre 2009 de reconnaître l'existence d'un profond malaise chez ses 100 000 salariés français (dont deux tiers de fonctionnaires), a reconnu 32 suicides entre début 2008 et le 1er décembre 2009, toutes catégories de personnel confondues. Elle reconnaît aussi huit suicides de plus depuis début 2010. Les syndicats en compte neuf.

Contactée, la direction assure qu'"elle suivra les recommandations" de l'IGAS. Dans un courriel transmis aux organisations syndicales, elle précise : "Cette note servira de guide pour les autres suicides ou tentatives de suicide n'ayant pas encore fait l'objet d'une décision de la part de l'entreprise."

La direction de France Télécom doit maintenant convoquer une "commission de réforme", une instance consultative paritaire composée de médecins, de représentants de l'administration et du personnel, qui donnera son avis sur l'imputabilité au service des suicides. "Cela ne devrait pas être un obstacle", espère Christian Pigeon, du syndicat SUD.

Ce serait en tout cas une première chez France Télécom. De mémoire de syndicalistes, la direction n'a jamais reconnu sa responsabilité dans ce type de drames pour des fonctionnaires. En 2009, elle l'avait fait pour une salariée de droit privé qui s'était donné la mort sur son lieu de travail à Paris.

Globalement positif

Les membres de l'Observatoire du stress, mis en place en 2007 par les syndicats SUD et CFE-CGC-UNSA de France Télécom, jugent le rapport de l'IGAS globalement positif. "La reconnaissance en accident de service est fondamentale. Elle permet aux familles d'élaborer un deuil. Elle les allège aussi d'un énorme souci financier. Même si c'est affreux de parler de sous dans ces cas-là, il faut savoir qu'aucun contrat d'assurance n'assure contre un suicide. Par contre, l'assurance rembourse le prêt d'une maison, par exemple, quand le suicide est requalifié", explique la psychiatre Brigitte Font Le Bret. "Cela va enfin permettre aux comités d'hygiène et de sécurité (CHSCT) de réfléchir concrètement aux moyens de prévenir le stress", pour Anne-Marie Minella, du syndicat CFE-CGC-UNSA.

Mme Font Le Bret a toutefois des regrets. "La direction de France Télécom a perdu beaucoup de temps. Elle aurait dû mettre immédiatement en place une commission de réforme au lieu d'attendre l'IGAS. Par ailleurs, elle n'aurait pas dû, il y a trois ans, prendre la décision de centraliser à Paris toutes ces commissions. Avant, elles avaient lieu au niveau départemental, et c'était beaucoup plus efficace."


Cécile Ducourtieux
Par Orange Stressée - Publié dans : Revue de presse
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